dimanche 24 janvier 2016

TIME SQUARE


          Êtes-vous déjà allé sur Time Square à New-York ? Si oui, vous vous rappelez sans doute des centaines de lumières, des écrans qui clignotent, des milliers de personnes qui défilent partout autour, des klaxons, des taxis, des vitrines, des amuseurs publics, des vendeurs de hot-dogs…

Time Square, c’est la démesure totale, le tourbillon sensoriel.  On ne sait plus où regarder.  Notre cerveau peine à analyser la quantité d’informations qui lui parvient.  Certains apprécient cette effervescence, d’autre en sont totalement étourdis et préfèrent s’en éloigner.  En tant qu’adulte, nous pouvons prendre la décision qui s’impose pour gérer ce surplus de stimulation; quitter, rester, entrer dans une boutique, aller prendre une café…

Dessin par Mathieu Girard
Notre environnement quotidien est bien loin de l’exaltation de Time Square pour nous, mais qu’en est-il pour un bébé de quelques jours, quelques semaines ou même quelques mois ?  En venant au monde, un bébé a tout à découvrir, son cerveau est une éponge qui emmagasine ce qu’il voit, entend, sent, touche et goûte.  Mais cet environnement, sans qu’on le veuille, ressemble bien souvent à Time Square pour nos poupons : les lumières (lampes, jouets lumineux, éclairage de la maison, etc.), les sons (radio, télé, voix, etc.), les odeurs (cuisson, lessive fraiche, parfums, etc.), les textures (vêtements, jouets, couvertures, etc.), les gens autour (personnes connues et inconnues).  On oublie souvent à quel point ce qui est un environnement tout à fait normal pour nous, peut être stimulant et perturbant pour un poupon. 

Bien évidemment, tous les bébés ne réagissent pas de la même manière dans un même contexte.   Face à une grande stimulation, certains bébés vont pleurer, d’autre vont s’endormir, d’autre vont être joyeux et curieux.  Certains aussi vont accumuler pendant toute la journée, puis laisser aller le trop-plein une fois le soir venu (vous savez, ces crises de pleurs qui durent des heures  chaque soir!).  Ces pleurs de décharge permettent au bébé de faire une remise à zéro, d’évacuer tout le surplus de stimulations et d’informations qu’il a emmagasiné pendant sa journée…question d’être prêt pour sa prochaine journée sur Time Square.

Nos bébés sont des guides extraordinaires qui savent nous faire comprendre, dès leur naissance, leurs besoins et leurs préférences.  Il s’agit pour nous, parents, de se mettre à leur écoute, d’apprendre à décoder les signes qu’ils nous envoient, que ce soit par leurs sourires, leur cris, leurs pleurs, leurs mouvements.  

En gardant en tête l’impact que notre environnement peut avoir sur notre bébé, nous pouvons l’adapter selon les besoins et réactions de celui-ci.  Et pourquoi ne pas en profiter pour prendre une petite pause de Time Square de temps en temps question d’aller se reposer sur les plages de Bora-Bora !


Marie-Ève Perron


Être parent est probablement le métier le plus complexe au monde. Un métier où on se lance sans expérience, sans diplôme et sans formation. Un métier qui me rend toujours plus fière et accomplie jour après jour. 


Éducatrice spécialisée de formation, c'est d'abord auprès enfants et des adolescents en santé mentale que j'ai travaillé. Et puis je suis devenue mère et de nouveaux horizons se sont ouverts à moi. Je me suis retrouvé un peu par hasard, à travailler avec les parents et leurs bébés comme coordonnatrice et intervenante famille dans un organisme communautaire. Et je me suis découvert une passion pour tout ce qui touche à la parentalité. 
Je crois fermement qu'il y a autant de façon d'être parents que de façon d'être enfants! À cet égard je déteste les TOUJOURS et les JAMAIS. Être parent ce n'est ni noir ni blanc, c'est rempli de nuances. 


Adeptes de portage, j'ai joint mon intérêt pour l'enseignement à cette passion en devenant monitrice de portage (Porter la vie, septembre 2014, Canadian Babywearing school, juillet 2015). Je suis également instructrice de massage pour bébés (AIMB, décembre 2014).

 Je relève ici un nouveau défi, celui de transmettre par écrits mes pensées sur le métier passionnant qu'est celui de parent.

lundi 7 décembre 2015

FILLE OU GARÇON? (histoire d'un deuil périnatal)

Tu aurais 5 ans aujourd'hui. Tu jouerais, rirais, ferais des espiègleries et te chicanerais avec tes frères et soeurs... Mais ce n'est pas le cas. Le seul souvenir que j'ai de toi, autre que mes rêves et espoirs, est ton minuscule petit corps dans mes bras.  

Pourtant je le savais. J’ai ressenti au plus profond de mon être que quelque chose n'allait pas. 

Je me souviens encore de cette soirée où tout d'un coup un vent glacial est passé dans mon corps. J'ai ressenti un mal-être et une terrible angoisse m'envahir. Et je me suis mise à pleurer. À pleurer, de façon inexplicable, de façon incontrôlable, avec un sentiment viscéral qu'il y avait de quoi être inquiète à ton sujet. Pourtant, je ne suis pas comme ça! Je ne m'inquiète normalement pas facilement et je suis hyper positive...  

Mais là, je savais...  

Quelques jours plus tard avait lieu mon échographie à 21 semaines et l'inévitable débat sur ma page Facebook : fille ou garçon? Les commentaires se multipliaient et moi j'avais juste le goût d'y ajouter : « Hey... arrêtez! Quelque chose ne va pas... j'ai un mauvais feeling... » Mais je ne l'ai pas fait. À quoi bon? J’aurais eu en réponse une multitude de messages me disant : « Mais voyons! Tu t'en fais pour rien. Tout va bien. » 

Mais moi je savais... je savais que ce n'était pas le cas...  

Dans la salle d'attente, ma vessie bien remplie faisait diversion à mes pensées noires et j'essayais de me rassurer. J'allais bientôt savoir si tu étais un petit « il » ou une petite « elle »! Nous avions prévu aller faire les magasins juste après pour choisir le décor de ta chambre! Je m'en faisais pour rien! Tout allait bien aller... non?  

 Ça y est, mon nom est appelé! Il est temps, ma vessie va exploser! Fille ou garçon, je vais enfin savoir qui tu es!  

La technicienne débute l'échographie et quelque chose cloche. Je le vois bien... Je regarde son visage, puis le petit écran, puis son visage.  

Elle me dit avec un petit sourire qui se veut rassurant:  

— Madame, je vais chercher le docteur et je reviens. 

Je me tourne vers mon mari et lui dit:  

— Mathieu, prépare-toi à une mauvaise nouvelle... je le sais, je le sentais... Mais je ne t'en ai pas parlé, désolée.  

Ça ne prend que quelques secondes à la docteure pour me dire la dernière chose que de futurs parents pleins d'espoirs veulent entendre:  

— Son coeur ne bat plus...  

— QUOI? Mais non! J'ai vu mon médecin la semaine dernière et tout était beau. Je l'ai entendu! 

Je m'attendais à une mauvaise nouvelle, mais pas à ÇA! On efface, d'accord? Les dernières minutes n'ont pas eu lieu...  

FILLE OU GARÇON? S’il vous plait, c’est tout ce que je veux savoir! C'est à ça qu'elle sert cette échographie, non? S’il vous plait... répondez-moi! 

— Je suis tellement désolée... Son coeur ne bat plus. Nous allons faire une amniocentèse pour avoir des réponses. 

— Une amnio? Non, je ne veux pas! Tout d'un coup vous vous êtes trompé? C'est dangereux une amnio! Je peux perdre mon bébé!  

— Madame, je suis désolée. Son coeur a cessé de battre.  

J'ai la vessie qui va exploser, je dois aller à la salle de bain. Impossible de marcher, mes jambes ne me soutiennent plus. Mon mari essaie de m'aider à m'y rendre et je vois son visage. Il tente de rester fort pour moi, car il voit bien que je m'effondre. C'est son bébé à lui aussi qui est mort...  

Je prends donc un moment pour rassembler mes idées et on procède à l'amnio. C'est irréel...  

— Madame, ils vous attendent à la maternité... »  

Et je repasse devant la salle d'attente, avec tous ces futurs parents qui rigolent et font des paris sur le sexe de leur bébé...   

S’ils savaient... 

Je réalise alors... c'est bien trop vrai, tu dois sortir! Je porte la mort dans mon corps! Cette idée m'est tout d'un coup intolérable!  

— S’il vous plait, il faut le sortir de là! Faites-moi une césarienne, ouvrez-moi le ventre tout de suite, il faut sortir la mort de moi... s’il vous plait!  

— On ne peut pas faire de césarienne, c'est beaucoup trop risqué. Vous devez accoucher.  

Accoucher? Pas question! Un accouchement c'est beau, c'est magique, c'est rempli de vie... Je ne veux pas accoucher! Ce n'est pas vrai, ce n'est pas réel! Faites juste le sortir s’il vous plait. 

Mais je dois m'y résoudre... je venais ce matin afin de savoir si tu étais un petit coco ou une petite puce. Nous devions aller magasiner pour toi après... Mais je t'aurai dans mes bras dans quelques heures...  

On m'installe dans une chambre et commence la procédure. Les heures passent, je commence à sentir les contractions. NON! Je ne veux pas! Je ne veux rien sentir, je ne suis pas prête! Accoucher d'un bébé mort... C'est impossible! Ça ne m'arrive pas vraiment! Je veux une péri, je ne veux pas sentir l'accouchement. C'est heureux un accouchement... Je ne veux pas que ces sensations soient associées à un malheur. Je suis assise sur le lit, alors que l'anesthésiste se prépare.  

Nous n'avons plus le temps. Je te sens, tu es là, tu te prépares à sortir...  

STOP! Je ne veux plus, tu dois rester en dedans! Tout d'un coup qu’ils se sont trompés? Tout d'un coup que ton petit coeur bat encore? Reste, reste en dedans! 

— Madame, il faut pousser là! 

— Pas question! Je suis venue ce matin pour une échographie, pas pour accoucher! Il doit rester dans mon ventre ce bébé! 

— S'il vous plait, il faut vraiment pousser! 

Finalement, nul besoin... tu glisses hors de moi.  

C'est fait. Tout est fini.  

Ils te préparent et t'amènent à moi afin que je puisse te prendre dans mes bras. Je te berce doucement et nous te disons combien nous t'aimons. 

— Svp, pouvez-vous me dire maintenant? C'est une fille ou un garçon?  

— Vous avez eu un garçon madame. 

Alors je pense à ta chambre. Elle aurait dû être décorée avec de petits singes pirates! C'est là que nous devions être présentement... en train de faire plein d'achats pour toi... Pas ici... Pas avec toi dans mes bras... Pas en train de te faire mes adieux. 

Les semaines, les mois et maintenant les années ont passé... J'aurais voulu que tout reste figé, mais on ne peut pas arrêter le temps. On n'oublie pas. Je pense à toi chaque jour en fait. Mais la vie continue et le bonheur tranquillement revient. Tu as une petite soeur maintenant, et un petit frère! T'ont-ils remplacé? Non, jamais! Mais avec eux le soleil, la vie et l'espoir sont revenus.  

Le plus ironique dans tout ça? En recevant le rapport d'autopsie quelques semaines plus tard, il y était mentionné que tu es une petite fille! Les organes génitaux ne sont pas bien distincts à l'oeil à ce stade... Fille ou garçon? Finalement quelle importance?  

Je t'aime mon petit ange! J'aurais tellement aimé veiller sur toi Maëva! Mais c'est toi qui veille sur nous... xx 
 



Voici quelques unes des ressources disponibles si vous vivez un deuil périnatal ou connaissez quelqu'un qui passe par cette dure épreuve. Mentionnons également qu'il n'y a pas de délai établi à un deuil. Permettez-vous de vivre votre peine, vous en avez le droit! Pour l'entourage, soyez l'oreille attentive à qui les gens endeuillés peuvent parler, même des semaines, des mois et des années plus tard. Votre écoute est le plus beau cadeau que vous pouvez leur offrir.

http://www.parentsorphelins.org/
https://acclesperseides.wix.com/perseides
http://www.premaquebec.ca/service_deuil.html


Écrit par: Marie-Chantale


Maman de 6 merveilleux enfants (et d'un petit ange) et accompagnante à la naissance, je suis également instructrice en massage pour bébé, monitrice de portage et j'ai débuté mes études préalables au BAC sage-femme que j'aimerais faire dans quelques années. Toute ma vie tourne ainsi autour de ma passion:la périnatalité! C'est donc à la fois de mon expérience professionnelle, mais aussi et surtout de mon expérience personnelle que seront teintés mes articles, qui je l'espère, sauront faire transparaître tout l'amour que j'ai pour le sujet! Car être parent n'est-il pas la plus belle et la plus grande aventure d'une vie?

jeudi 3 décembre 2015

JE NE SUIS PAS UNE MAMAN PINTEREST...


Enceinte de ma première, je pensais à toutes ces activités que j'allais faire avec ma future progéniture.  Notre vie allait être digne d'un camp de jour à l'année longue.  J'avais quand même 10 ans d'expérience en animation avec les enfants derrière les bretelles.  J'étais prête.  Pinterest pourrait aller se rhabiller.  Watch out les lutins à Noël, les anniversaires thématiques avec des gâteaux 8 couleurs, les sorties et activités tous les week-end, les jouets maison en cartons recyclés! 

J'avais tellement hâte de faire toutes ces belles activités avec MON enfant.  T'sais!  Peux tu avoir mieux comme maman qu'une ancienne animatrice de camp de jour ?

Puis, je suis devenue maman.  L'animatrice a foutu le camp.  La maman Pinterest que je rêvais d'être en frottant mon beau bedon tout rond est resté dans mes fantasmes!

Cette maman Pinterest qu'on voit partout sur les groupes de mamans, sur les blogues, sur l'internet au grand complet.  Celle qui tricote des couvertures en patchwork 12 couleurs, bricole avec ses enfants à tous les jours, cuisine des recettes toujours savoureuses et équilibrées, organise toute sa maison avec des pictogrammes, charte de couleurs et autres petits paniers tous bien rangés.  Celle pour qui tout se fabrique : les jouets, les produits pour le bain, les produits de nettoyage, les vêtements...la queen du DIY.  

Oui,oui, je me voyais être cette maman.  Mais 2 ans plus tard, je dois m'avouer vaincue!  Les bricolages qui trainent une peu partout ont été fait à la garderie, ma maison est un havre de désorganisation et cocotte n'a jamais mangé de pizza en forme de clown ou de bateau de crudités!  Les sorties et activités se font rares au calendrier, même aller au parc, en dehors de la période estivale, relève de l'exploit, entre une batch de sauce à la viande, la montagne de lavage accumulée et les commissions de dimanche.  Et je n'ai encore qu'un seul enfant!

Je suis parfois un brin jalouse de ces mamans à tout faire.  Je regarde défiler leurs calendriers de l'Avent sur mon fil Facebook, tous plus créatifs les uns que les autres et je me sens un peu cheap avec mon calendrier au chocolat du Walmart. 

Je ressens cette pression qu'en tant que maman, il faut impressionner.  Comme si le talent de mère se comptait en épingles Pinterest et que tout devait en tout temps avoit l'air d'une revue de Martha Stewart. 

Mais quand j'y pense, est-ce qu'un calendrier de l'Avent cousu à la main rendrait mon enfant plus heureuse?  Non.  Est-ce que ça me ferait sentir meilleure en tant que maman.  Non.  Oh, bien sûr que mon thermomètre d'estime personnel augmenterait de quelques degrés, mais ma fille, elle sera tout aussi excitée d'ouvrir ses petites porte jour après jour sur son calendrier cheap, parce que je serai avec elle, le sourire au lèvre, aussi énervée qu'elle à chaque soir, en chantant Vive le vent!  Et c'est ça qui compte, le moment magique, pas l'emballage. 

Nous sommes toutes créatives à notre façon, et c'est ce qui compte!  Oui, c'est important de se sentir fière de ce qu'on réalise pour nos enfants.  Mais sans jamais perdre de vue que pour notre enfant, c'est le moment qu'il passe avec nous qui le fait grandir, sans égard à l'effort que nous avons mis à emballer le tout.

Non, je ne suis pas la maman Pinterest que je m'étais imaginé, mais je cultive les petits bonheur et la magie au quotidien, avec amour.  Et ça, ça ne se trouve pas sur Pinterest!

Vous ne connaissez pas Pinterest...faites un tour ici!  www.pinterest.com


 Marie-Ève Perron



Être parent est probablement le métier le plus complexe au monde. Un métier où on se lance sans expérience, sans diplôme et sans formation. Un métier qui me rend toujours plus fière et accomplie jour après jour. 

Éducatrice spécialisée de formation, c'est d'abord auprès enfants et des adolescents en santé mentale que j'ai travaillé. Et puis je suis devenue mère et de nouveaux horizons se sont ouverts à moi. Je me suis retrouvé un peu par hasard, à travailler avec les parents et leurs bébés comme coordonnatrice et intervenante famille dans un organisme communautaire. Et je me suis découvert une passion pour tout ce qui touche à la parentalité. 

Je crois fermement qu'il y a autant de façon d'être parents que de façon d'être enfants! À cet égard je déteste les TOUJOURS et les JAMAIS. Être parent ce n'est ni noir ni blanc, c'est rempli de nuances. 

Adeptes de portage, j'ai joint mon intérêt pour l'enseignement à cette passion en devenant monitrice de portage (Porter la vie, septembre 2014, Canadian Babywearing school, juillet 2015). Je suis également instructrice de massage pour bébés (AIMB, décembre 2014). 

 Je relève ici un nouveau défi, celui de transmettre par écrits mes pensées sur le métier passionnant qu'est celui de parent.